Il est de
tradition que lorsqu'un de ses disciples s'en va l'université s'accquitte
d'un devoir de reconnaissance et lui rende un hommage solennel. C'est cette
tradition qui me vaut le redoutable privilège de prendre la parole ici ,
ce jour pour rendre un hommage ô combien mérité au professeur Roger
Gabriel NLEP dont la disparition prive l'université camerounaise d'une des
figures emblématiques de la 2ème génération ,à suite des pionniers qui ont
assuré la relève des coopérants français et anglais.
Monsieur le ministre de l'enseignement supérieur
,
Madame Marguerite NLEP ,
Mesdames et messieurs .
Comment parler
du professeur Roger Gabriel NLEP ? Comment dire tout ce que nous lui
devons et évoquer la place qu'il a occuper parmi nous sans se laisser
envahir par un flot d'émotion et de souvenirs ?Décidément il est toujours
trop tôt pour rendre hommage à une personne dont la disparition prématurée
nous prive d'une source de savoir et d'humanité qui nous semblait devoir
être intarissable . Professeur Roger Gabriel NLEP , cher collègue et cher
ami qu'il m'est difficile , dans ce gymnase où il y quelques semaines
votre voix de stentor résonnait , de parler de vous en terme souvenirs , de
bilan ...
Les choses commencent plutôt
bien à l'école Saint Dominique Savio d'Edéa , avec des études primaires
qui , déjà vont révéler des dispositions intellectuelles hors du
commun,,et ouvrir un parcours scolaire et universitaire exemplaire . Vous
mènerez vos études secondaires successivement au petit séminaire de
BONEPOUPA , au collège d'enseignement général de Banadoumbe à Douala et au
lycée classique de Bafoussam . Après le baccalauréat obtenu en juin 1971 ,
vous vous inscrivez à la faculté des sciences économiques de l'université
de yaoundé , où vous allez survolez le cycle de licence en droit et des
sciences économiques qui dure alors 4 ans .Muni d'une licence obtenue en
1975 avec la mention Bien (major de la promotion) , vous choisissez , avec
d'autres , de poursuivre vos études doctorales en France vous y obtenez
tour à tour :
- Un DEA d'administration publique et
droit public interne avec la mention Assez-Bien à l'université de Paris
1(Panthéon Sorbonne)
- Un DEA de contentieux privé et
public avec la mention Assez Bien à l 'université de paris
-Nanterre
- Un DEA de science politique ,avec la
mention Assez-Bien à l'université de Paris2(panthéon Assas)
Et pour finir vous obtiendrez en juin 1984 le doctorat d'Etat
en droit public à l'université de paris1 avec la mention TRES HONORABLE et
félicitation du jury .
Assurément ce parcours remarquable vous
prédestinais à une carrière universitaire , que vous allez naturellement
embrasser à votre retour au Cameroun . Le choix de cette carrière
prestigieuse et exigeante va amener le perfectionniste que vous êtes à
emprunter la voie royale pour noter discipline commue , ux pas de votre
parcours en 1988 , le 6 Février 1990 , vous recevez l'onction ultime des
maîtres du droit avec votre admission au prestigieux et très sélectif
concours d'agrégation pour le recrutement des professeurs des universités,
spécialité:Droit public . Voilà définitivement mise sur orbite une
carrière riche et dense , celle d'une personnalité d'exception . Et si me
fallait trouver en quelques mots ce qui aura caractérisé cette
personnalité , je pense que ce serait quelques qualités qu'on ne trouvent
pas souvent réunies chez la même personne , à savoir la compétence , le
courage intellectuel , la générosité , la convivialité . Mais pour le plus
grand nombre ,vous resterez sans doute célèbre en tant qu'universitaire .
Vos travaux scientifiques ,nombreux et de qualité , sont là pour en
témoigner . Avec , au commencement , ce maître-ouvrage publié à la
Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence (L.G.D.P) à Paris en 1985
et intitulé " l'Administration publique camerounaise . contribution à
l'étude des systèmes africains d'administration publique " . Un ouvrage
consacré à l'analyse dse sociologique du système d'administration publique
au cameroun qui vous vaudra d'être placé , selon les termes du préfacier "
le Professeur Pierre-FrançoisGonidec " au premier rang des
administrativistes camerounais . Votre fibre administrativiste sera
bien perceptible tout au long de votre carrière ,avec comme point d'orgue
cet ouvrage sur "
les grandes décisions de la jurisprudence
administrative camerounaise " , sous presse aux éditions Economia ,
avec la préface du Professeur Roland Drago , membre de l'institut de
France . 11:21ais , vous n'étiez pas qu'administrativiste , et vos
nombreux travaux en droit constitutionnel , en droit de l'homme , en droit
de l'homme , en droit public économique , etc. témoignent de
l'universalité de votre culture juridique . C'est sans doute avec
délectation que les uns et les autres découvriront ces deux ouvrages à
paraître , dont l'un est intitulé "
Réflexion juridique sur la
succession présidentielle du 6 novembre 1982 au Cameroun , et l'autre
, "
la théorie du village électoral et le problème de la représentation
nationnale ". Professeur Roger Gabriel NLEP , nombreux sont aussi ceux
qui peuvent témoigner de vos qualités d'enseignant , ici comme à
l'étranger . De Douala à Kigali , de Yaoundé à Paris , de Dschang à Tours
, nombreux sont ces étudiants inconsolables à l'idée qu'ils ne pouront
plus s'abreuver à la source de savoir te d'humanité qu'aura été celui
qu'ils appellent affectueusement "
grand prof " Et tant de jeunes
universitaires affligés , atterrés , parce qu'ils ont perdu leur maître ,
leur mentor .
D'autres enfin , continueront à saluer en vous
l'universitaire et l'intellectuel engagé . Car , le fin juriste que vous
eêtes n'a jamais vu dans le droit un simple exercice , destiné à la
satisfaction de l'esprit , mais plutôt un instrument au service d'un idéal
, celui d'un société plus juste , plus humaine et plus apte à satisfaire
les besoins de tous . D'où votre implication comme jurisconsulte dans
l'élaboration d'un cadre juridique et institutionnel rénové , qui épousent
les exigences ; la constitution du 18 janvier 1996 porte aussi la marque
de votre participation , intelligente et déterminée , au Comité
consultatif pour la révision de la constitution . Doù votre implication
dans les grands débats sur le devenir de notre société . On méditera
encore longtemps sur quelques concepts et théories de votre cru , que vous
exposiez encore naguère avec cette verve qu'on vous connaît , à l'occasion
d'une leçon inaugurale délivrée en ouverture du colloque organisé à
l'université catholique d'Afrique centrale sur le thème "
Démocratie et
élections " . On n'est pas d'oublier cette théorie du "
village
électoral " , qui part du constat que vous faites de l'existence d'un
hiatus entre le pays réel et le pays légal , en particulier en matière
d'élection , ce qui vous amène à souligner la nécessité pour l'Afrique
d'adopter la technologie électorale à ses propres réalités . A cet égard
vous suggérez , pour le cas particulier du Cameroun , d'une part , que les
élections se déroulent au suffrage universel indirect .
On n'est pas non plus près d'oublier ce fameux
triangle équilatéral , qui traduit selon vous la présentation de trois
grands complexes ethniques que sont le complexe Bamiléké à l'Ouest , le
complexe béti dans le centre , le Sud et l'Est et le complexe ethnique
nordiste , la présentation , disais-je , de ces trois complexes ethniques
à
confisquer la vie politique camerounaise au motif qu'ils
constitueraient les dépositaires légitimes et exclusifs du pouvoir de
l'Etat au Cameroun . Pour vous ce triangle équilatéral pourrait bien , si
on n'y prend garde , devenir une espèce de triangle de Bermudes , qui
mettrait notre cohésion en péril ...Mais , ceux qui vous ont bien connu
savent que vous n'aurez pas simplement été un universitaire , un
intellectuel brillant et engagé . Et ,plus profondément encore , c'est
l'homme que beaucoup pleure aujourd'hui . Chacun pouvait percevoir , au
premier contact votre affabilité , votre disponibilité et votre ouverture
d'esprit . Mais tout le monde ne sais pas aujourd'hui jusqu'où ont pu
aller votre générosité et votre dévouement tant pour la cause de
l'université camerounaise , cette université qui n'aura pas forcément été
irréprochable à votre endroit ces temps derniers , que pour bien d'autres
causes encore ; parce que vous avez été un citoyen , dans le meilleur sens
du terme .
Professeur Roger Gabriel NLEP , votre mort résonne
comme une interpellation forte , une de plus , sur la condition
d'universitaire d'aujourd'hui. En effet , hier , les Professeurs Georges
Walter Ngango , Stanislass Melone , Samuel Ngongang et bien
d'autres...aujourd'hui , vous ! Tant de morts qui nous laissent le même
sentiment d'un immense gâchis , comme si paradoxalement , notre pays était
embarrassé par cette élite intellectuelle que d'autres lui envient . Dans
nos sociétés traditionnelles , quand les choses vont si mal , on organise
des assises de purification et de réconciliation que les Béti appellent
"
Essi " pour trouver l'apaisement . Depuis de nombreuses années ,
on voit bien qu'il y a comme une malédiction qui s'est abattue sur notre
université . Mais notre société est-elle enfin prête pour ces assises
salutaires qui lui permettraient de se réconcilier avec son université ?
Roger Gabriel Nlep , ta disparition prématurée est un réel appauvrissement
pour notre université , pour notre pays . Elle est un coup dur pour nous
qui espérions un bon bout encore quelques défis avec toi , au service de
ce pays que nous aimons tant .
Mais à présent que tu a entamé le grand voyage vers
la connaissance absolue , vers ce pays , où dit-on , les les amphithéâtres
sont bien plus beaux que ce gymnase , vers ce pays où le droit est juste
et équitable , acceptes , par ma voix , les adieux de cette université à
laquelle tu auras tout donné.
Nous avons foi en ce que le Dieu de miséricorde
t'accueillera à ses côtés , parce que tu auras combattu le bon combat
Adieu Mr le professeur Agrégé des facultés de droit françaises